Victorine Minvielle : à la recherche d’un job à impact

Souvent désirés, parfois mal cernés, encore ignorés d’une partie de la population, les métiers « à impact » sont au coeur de l’engagement de Victorine Minvielle, qui voit en eux une réponse puissante aux questionnements contemporains sur le sens de nos actions.


Un métier qui ait du sens, tout le monde en rêve. Victorine Minvielle ne fait pas exception. La jeune femme garde un souvenir vif du jour où elle s’est promis de ne plus séparer ses valeurs et ses choix professionnels. « J’avais 20 ans et j’étais en stage dans une entreprise de cosmétiques. Un manager a donné la consigne de faire imprimer 14 000 supports publicitaires en plastique. Cela me semblait beaucoup. La réponse du manager – « S’il y en a trop, on les jettera » – a rencontré chez moi une résistance que je n’ai pas pu dépasser. » Allergique aux situations de dissonance cognitive, Victorine décide de construire son avenir sur de nouvelles bases. Un stage de fin d’études au sein d’une autre société du secteur cosmétique en pleine transformation la convainc qu’il est possible de concilier modèle économique viable et création de valeur responsable. Une parenthèse entrepreneuriale – un an et demi d’exploration et de tests afin de faciliter le tri des biodéchets pour les particuliers – conforte son goût pour les rencontres et les aventures partenariales.
« Au bout d’un moment, j’ai ressenti le besoin de rejoindre une équipe, mais je voulais conserver ma liberté d’initiative. » Victorine avait entendu parler de makesense. La mission que s’étaient donnée les créateurs de la plate-forme jobs that makesense – favoriser les (re)conversions vers des emplois de la transition écologique et sociale – faisait écho à ses préoccupations intimes. « Si j’ai répondu à une offre d’emploi, c’est aussi parce que l’entreprise a adopté une gouvernance partagée où les positions de chacun sont respectées et prises en compte. Savoir que je peux exprimer des doutes ou infléchir l’orientation d’un projet m’aide à me sentir alignée avec ce que je fais. »

La nature du poste compte moins que sa contribution à la transition

Chargée des partenariats et de l’événementiel chez makesense, Victorine observe de près la diversité des perceptions autour du concept de métier à impact. « Il y a un vrai paradoxe : ce sont des jobs qui attirent de plus en plus, particulièrement les profils qui souhaitent contribuer à l’intérêt général, mais personne ne met la même chose derrière le concept, ce qui a le don d’alimenter les clichés et les idées erronées. »

Mise au défi de livrer une définition, Victorine propose de caractériser les métiers à impact à partir de leur vocation : participer à la transformation de la société et des entreprises pour un monde plus juste, inclusif et durable. Dans cette vision élargie, la nature du poste occupé n’est pas déterminante, pas plus que les compétences exercées. Certes, un ingénieur spécialisé dans le montage d’unités de production photovoltaïque ou un réparateur de vélo sont des agents évidents de la transition. Mais c’est vrai aussi, par exemple, d’un responsable supply chain qui s’est formé aux méthodes d’achats durables et s’applique à les diffuser au sein de son collectif de travail. « Quel que soit mon métier, si je l’exerce dans une organisation dont le modèle est dédié à l’impact positif, il devient, de fait, à impact. »

Conséquence logique, les raisons le plus souvent invoquées par les personnes qui hésitent à s’orienter vers les métiers de la transition – « Je n’ai pas le bon bagage », « Le secteur est saturé », « Je n’aurai pas assez de poids pour faire bouger les choses » – tombent les unes après les autres. « La transformation ne réussira à grande échelle que si tout le monde y prend part. Même dans les secteurs comme l’industrie pétrolière ou l’aéronautique, les compétences exercées par les salariés sont transférables vers des organisations dont la raison d’être est plus vertueuse. »

Des perspectives réjouissantes pour les jeunes éloignés de l’emploi

Si certains hésitent à se lancer dans les métiers à impact, c’est aussi par méfiance. Derrière les engagements affichés fièrement par certaines entreprises ne se cache-t-il pas une démarche nettement moins reluisante – green ou social washing ? Victorine et ses collègues prennent la question très au sérieux. Avant de pouvoir s’inscrire sur la plate-forme makesense, une structure doit renseigner des documents attestant de son impact réel : structure juridique, rapport d’impact, bilan RSE, etc. En outre, chaque recruteur passe par un filtre. La généalogie et le réseau relationnel sont scrutés, et les mises en cause et les condamnations éventuelles documentées.

« Nous mettons un point d’honneur à récolter un maximum de données d’impact et de transparence pour nos candidats, notamment en travaillant avec des organismes de labellisation comme le Mouvement Impact France, Lucie, Positive Workplace, ou encore l’association Cleantech Open France. Nous incitons aussi les personnes impliquées dans des processus de recrutement à mener leur propre enquête en prenant contact avec des personnes déjà en poste dans les structures concernées. »

Personne ne met la même chose derrière le concept de job à impact, ce qui a le don d’alimenter les clichés et les idées erronées

Victorine Minvielle, Makesense


Un autre point fondamental est de donner accès aux métiers à impact à des publics qui en sont a priori éloignés. Depuis quelques mois, Victorine consacre une partie de son temps au programme Transition Juste, qui vise à sensibiliser et outiller les jeunes issus des milieux populaires aux enjeux de la transition écologique. Avec, en filigrane, l’idée de les inciter à passer à l’action en s’engageant, par exemple, dans un métier vert ou “verdissant”. Fin 2024, 3 000 bénéficiaires avaient suivi les ateliers et 60 % d’entre eux déclaraient vouloir trouver un stage, une alternance ou un emploi dans le secteur. « Quand je cède à la frustration face à la lenteur des changements, je m’accroche à ce qu’on vit sur le terrain au quotidien pour retrouver de l’espoir ! »